Pensées DICRIMocrates
Pour une résilience alimentaire pérenne, communale et démocratique
Du constat à l'acte !
La défaillance institutionnelle est structurelle, pas accidentelle. Le DICRIM est une obligation légale inscrite à l'article L125-2 du Code de l'environnement : « Toute personne a un droit à l'information sur les risques majeurs auxquels elle est soumise et sur les mesures de sauvegarde qui la concernent. » Pourtant, des milliers de communes soumises à au moins un risque majeur n'ont toujours pas rédigé leur DICRIM. Celles qui l'ont fait se contentent souvent d'un copier-coller administratif sans y inclure l'agriculture locale comme enjeu vital. Aucune sanction pénale n'est prévue pour une commune qui ne respecte pas cette obligation. L'État édicte la règle mais ne se donne pas les moyens de la faire appliquer. Le citoyen se retrouve donc seul garant de ses propres droits.
La capture du débat public par des intérêts minoritaires est systémique. La politique agricole française est structurée depuis les années 1970 autour d'un système de cogestion entre l'État et le syndicat majoritaire, la FNSEA. Celle-ci concentre 43 % des actions de lobbying agricole en France, avec un budget annuel de 600 000 euros. Au niveau européen, 20 % des plus gros exploitants captent 80 % des aides de la PAC, soit 9 milliards d'euros par an en France. Les syndicats minoritaires dénoncent un système qui « empêche la démocratie syndicale ». Les médias, de leur côté, dépendent de modèles économiques fondés sur l'audience et la polémique, pas sur la résolution concrète des problèmes locaux. L'information qui circule est celle qui sert des intérêts constitués, pas celle qui résout les problèmes.
Une paysannerie en voie d'extinction. L'agriculture française est en crise structurelle, documentée par les recensements officiels. En dix ans, la France a perdu 100 000 exploitations agricoles, soit une baisse de 21 %. L'âge moyen des exploitants atteint 51,4 ans, et seulement 20 % d'entre eux ont moins de 40 ans. La détresse psychologique est alarmante : jusqu'à 605 suicides par an chez les agriculteurs, soit environ deux par jour, avec un excès de risque de 46 % par rapport à la population générale. Les élevages ont chuté de 64 000 unités en dix ans, dont une baisse de 41 % pour les élevages bovins mixtes. Ce n'est pas une crise conjoncturelle : c'est une extinction programmée par un modèle économique qui concentre les aides sur les plus gros et laisse mourir les petits.
Le principe de subsidiarité fonctionne à l'envers. Ce principe, inscrit à l'article 5 du Traité sur l'Union européenne, stipule que les décisions doivent être prises au plus près des citoyens. Dans les faits, la PAC se décide à Bruxelles, les normes sanitaires à Paris, les traités de libre-échange comme le Mercosur sont négociés sans consultation locale, et les communes n'ont plus de compétence économique réelle sur leur agriculture. Le DICRIMocratie propose d'inverser cette logique : la commune redevient l'échelon pertinent pour protéger son système alimentaire, en utilisant un outil juridique existant — mais uniquement si les citoyens l'y obligent par pression démocratique.
La faisabilité n'intéresse personne en position de décision. Une proposition faisable, locale et gratuite pour l'État — le DICRIM existe déjà, il suffit de le rédiger correctement en y incluant les terres agricoles — n'est portée par aucun acteur institutionnel. Les élus nationaux dépendent du lobbying agricole pour le financement de leurs campagnes. L'agrobusiness a un intérêt direct au statu quo puisque 80 % des aides lui reviennent. Les médias vivent de l'audience, pas de la résolution de problèmes. Les préfectures sont subordonnées hiérarchiquement au ministère. L'Europe elle-même favorise structurellement les grandes exploitations et l'exportation. Seul le citoyen n'a aucun conflit d'intérêts avec sa propre sécurité alimentaire.
Les citoyens ne peuvent compter que sur eux-mêmes parce que la résilience alimentaire locale n'est rentable pour personne — sauf pour ceux qui mangent. Face à un DICRIM absent ou vidé de sa substance, face à une PAC qui concentre les richesses sur une minorité, face à une paysannerie qui disparaît dans l'indifférence médiatique, face à des élus prisonniers d'un système de cogestion vieux de cinquante ans, il ne reste qu'une seule force capable d'agir : le citoyen. Une seule action suffit — rédiger un courriel à l'attention de son maire et des conseillers municipaux. Nous avons le pouvoir de sauver la paysannerie française sur simple décision citoyenne.
Sources : INSEE/Agreste (recensement agricole 2020), MSA (statistiques suicide 2015), Santé publique France, Legifrance (article L125-2), Euractiv/Agra Presse (lobbying FNSEA), Collectif Nourrir/France Bleu/La Dépêche (répartition PAC), Reporterre, Splann !, Public Sénat.